« Comment fait-on pour passer à une espèce nouvelle, quel est le procédé de fabrication ? De quelle nature est cette transformation physiologique et donc de quelle nature est la Matière elle-même sur laquelle et dans laquelle nous semblons nous mouvoir comme à jamais dans une ronde imprescriptible répertoriée par tous les physiciens patentés ? Mais ce sont les physiciens d’une certaine espèce. Dans les cavernes profondes du Mexique, sous leur nappe d’eau boueuse, vivent et se reproduisent, depuis des siècles, certains petits axolotls, comme des larves, qui subitement transplantés dans un autre milieu se transforment en salamandres ou amblystomes. Que deviennent les lois des axolotls ? Que dirait un axolotl un peu “voyant” qui verrait l’autre “milieu” et tenterait, dans sa chair, et au milieu des petits axolotls résistants et acharnés, de sortir de la caverne et d’opérer la transformation ? Et s’il découvrait que la Matière n’est pas ce que la pensent les axolotls, que les lois de la vie ne sont pas comme les pensent les axolotls, et que même la “mort” finalement n’est pas le contraire de la vie des axolotls mais autre chose qui n’est ni la vie, ni la mort, mais une “sur-vie” qui est le milieu de la prochaine espèce ? Cette fantastique expérience, c’était le secret de Sri Aurobindo, et c’est le secret de Mère. Et pourquoi Sri Aurobindo a t-il quitté son corps, et pourquoi Mère est-elle partie ? Où sont-ils, que se passe-t-il ? Est-ce qu’il n’y a pas déjà un autre “milieu”, ici, sur la terre, qui essaie de traverser nos couches de boue et de nous projeter par force dans un monde nouveau ? »
Tome 1 - 1973-1978
À propos de ce Tome 1, Satprem dit : « Tout de même, après beaucoup d’hésitations, nous avons voulu publier dans ce premier volume de mes Carnets quelques-unes des innombrables lettres écrites comme un cri d’appel pour “faire comprendre” qui était Mère, ce qu’Elle faisait, ce qu’Elle voulait pour la terre, et mes brèves notations succinctes et elliptiques des faits en cours. »
Et là nous sont révélées l’ampleur et l’acuité de la lutte engagée par Satprem et Sujata pour continuer l’Œuvre de Sri Aurobindo et Mère. En prologue Satprem note des Visions et Faits avant le départ de Mère, puis, après le départ de Mère, se déroule sous nos yeux ce combat qui commençait par la protection, puis l’édition, de l’intégralité de l’Agenda de Mère. C’est le récit extrêmement vibrant des difficultés de toutes sortes traversées à ce moment-là : la « bataille de l’Agenda » car, écrit Satprem :
« J’avais un Secret, allait-il être englouti une fois de plus sous les décombres d’une “civilisation” ou d’une autre ?
Et ailleurs, Il fallait DIRE. Personne ne savait ce qu’était ce prodigieux Agenda de Mère, le Pouvoir qu’il contenait – le Chemin. Cet unique Chemin au bout de tant de millénaires de Malheur, cette Réponse à nos âmes et à nos corps qui avaient tant brûlé en vain […]. Cette fois-ci la loi changeait, il fallait le dire, et le Moyen. »
S’il est vrai que ces années sont douloureuses, Satprem écrit aussi. « Et puis on voit cette Grâce prodigieuse qui vous porte à travers tout et en dépit de tout, qui fait venir juste à temps l’aide voulue […]. Alors, aussi, on s’aperçoit matériellement, physiquement, que LE CHEMIN EST FAIT, sinon, on n’aurait jamais pu faire un pas là-dedans.
Et il prévient : « Mais le But de ces Carnets, la vraie bataille restait devant moi : incarner, mettre dans mon propre corps ce qu’ils l’ont empêchée de faire toute vivante. […] Les Carnets qui suivront vous diront ce long cheminement dont on ne sait pas si c’est la mort ou le commencement d’une Vie nouvelle, pour la Terre et pour les hommes. »













