« SOPHOCLE, contemporain de Socrate et du Bouddha, incarne un grand Tournant de la conscience humaine et de notre destinée au moment où nous allions basculer dans la barbarie moderne de notre ère post-socratique. “Sommes-nous esclaves ?” demande Sophocle, “Sommes-nous voués au Néant ?” et il regarde la Mort avec une autre question muette : “Ô monstre invaincu”… À l’autre bout de notre Âge de Fer, qui fut l’âge des grandes religions et de la science, quelque dix mille ans après ces extraordinaires Voyants védiques qui chantaient l’aurore des hommes, Sri Aurobindo, le révolutionnaire de la conscience et de l’Évolution, regarde les mêmes questions, mais avec des yeux védiques et la volonté de FAIRE quelque chose “cette fois-ci”. Entre un Occident post-socratique qui ne croit qu’en ses pouvoirs mécaniques sur la Matière et une Asie post-védique qui ne croit qu’en sa “libération” de la Matière, Sri Aurobindo incarne un autre grand Tournant de notre destinée humaine, son dernier tournant peut-être, où il nous faut retrouver nos propres “pouvoirs divins sur la Matière”, comme le chantaient déjà les Védas, notre propre réalité immortelle dans cette Matière, ou périr de notre propre impuissance mécanique. C’est toute la cosmogonie du monde qui se déroule comme une tragédie grecque, mais c’est la Terre qui doit sortir de ses murs ou être vaincue une fois de plus, comme Antigone. »
Tome 1 - 1973-1978
À propos de ce Tome 1, Satprem dit : « Tout de même, après beaucoup d’hésitations, nous avons voulu publier dans ce premier volume de mes Carnets quelques-unes des innombrables lettres écrites comme un cri d’appel pour “faire comprendre” qui était Mère, ce qu’Elle faisait, ce qu’Elle voulait pour la terre, et mes brèves notations succinctes et elliptiques des faits en cours. »
Et là nous sont révélées l’ampleur et l’acuité de la lutte engagée par Satprem et Sujata pour continuer l’Œuvre de Sri Aurobindo et Mère. En prologue Satprem note des Visions et Faits avant le départ de Mère, puis, après le départ de Mère, se déroule sous nos yeux ce combat qui commençait par la protection, puis l’édition, de l’intégralité de l’Agenda de Mère. C’est le récit extrêmement vibrant des difficultés de toutes sortes traversées à ce moment-là : la « bataille de l’Agenda » car, écrit Satprem :
« J’avais un Secret, allait-il être englouti une fois de plus sous les décombres d’une “civilisation” ou d’une autre ?
Et ailleurs, Il fallait DIRE. Personne ne savait ce qu’était ce prodigieux Agenda de Mère, le Pouvoir qu’il contenait – le Chemin. Cet unique Chemin au bout de tant de millénaires de Malheur, cette Réponse à nos âmes et à nos corps qui avaient tant brûlé en vain […]. Cette fois-ci la loi changeait, il fallait le dire, et le Moyen. »
S’il est vrai que ces années sont douloureuses, Satprem écrit aussi. « Et puis on voit cette Grâce prodigieuse qui vous porte à travers tout et en dépit de tout, qui fait venir juste à temps l’aide voulue […]. Alors, aussi, on s’aperçoit matériellement, physiquement, que LE CHEMIN EST FAIT, sinon, on n’aurait jamais pu faire un pas là-dedans.
Et il prévient : « Mais le But de ces Carnets, la vraie bataille restait devant moi : incarner, mettre dans mon propre corps ce qu’ils l’ont empêchée de faire toute vivante. […] Les Carnets qui suivront vous diront ce long cheminement dont on ne sait pas si c’est la mort ou le commencement d’une Vie nouvelle, pour la Terre et pour les hommes. »











